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Rentabiliweb joue les cash machines – Challenges

Publié le 18-10-2007

Le «monétiseur du web» a racheté coup sur coup Opale.net et Groupe Montorgueil. Archi-rentable, il a les moyens... et de célèbres actionnaires : Arnault et Messier.

La secrétaire a hésité. Cet hurluberlu aux longs cheveux bruns, portant un kilt, ne pouvait avoir rendez-vous avec Jean-Marie Messier ! «Si, si...», insistait le jeune Jean-Baptiste Descroix-Vernier, alias JBDV, il avait bien une entrevue prévue avec J2M. Pour parler business. Et profits : son groupe, Rentabiliweb, n'a-t-il pas découvert la cybermartingale, le moyen de monétiser l'audience des sites web ? Plate-forme de paiement, sites spécialisés, pub... il est présent sur toute la chaîne.

L'assistante a fini par céder, et l'entretien a duré des heures. C'était il y a deux ans, dans les locaux de Messier Partners, à New York. Depuis, les deux hommes ne se quittent plus. L'ex-patron de Vivendi Universal, devenu administrateur de Rentabiliweb - et actionnaire -, discute quasiment chaque jour, via Skype, avec son poulain installé sur une péniche dans le port d'Amsterdam. La fréquence de leurs échanges s'est accrue ces dernières semaines. Car JBDV a décidé d'accélérer le mouvement : «Nous, on avance comme les chevaliers du Temple, Jean-Marie nous calme et nous conseille.»

Changement d'échelle

Le 26 septembre, l'entreprise faisait part du rachat de son rival canadien Opale.net, qui doit lui permettre de se développer sur le marché nord- américain. Et, le 15 octobre, Rentabiliweb annonçait la reprise du français Groupe Montorgueil, l'un des leaders européens des services Internet de divertissement et de contenus pour adultes avec des sites comme Eurolive.com et sa messagerie Yes Messenger.

Grâce à ces deux rachats, le groupe de JBDV triple de taille à 60 millions d'euros de chiffre d'affaires et s'impose comme la plus grosse audience francophone : une dizaine de millions d'internautes passent chaque jour sur l'un de ses sites (offres d'emplois, jeux, conseils...). Si la croissance du groupe tient ce rythme, la barre des 90 millions de chiffre d'affaires pourrait être franchie en 2008. Et si la marge nette reste au même niveau - autour de 10% -, Rentabiliweb se muera en grosse cash machine, pour le bonheur de ses actionnaires : J2M, mais aussi le groupe Arnault (7,70%) et, bien sûr, son fondateur, qui détient 75% du capital, et les salariés (9%).

La belle histoire du monétiseur du web a démarré le 11 septembre 2001. «Ce jour-là, j'ai compris que tout allait changer, que l'économie la plus faible allait trinquer, que l'Internet gratuit, c'était fini», se souvient JBDV. Il est alors avocat d'affaires installé à Lyon. Il plaque tout et développe une plate-forme de paiement sécurisée permettant aux propriétaires de sites web de valoriser leurs contenus : micropaiement par carte bancaire, numéros de téléphone surtaxés, SMS. Sa cible : les petits et moyens acteurs du web. Son groupe compte aujourd'hui 115 000 clients, essentiellement en France et en Belgique. Rentabiliweb monte ensuite sa propre régie publicitaire, 128b, et un site de vente aux enchères d'espaces publicitaires sur le web.

Car il a aussi ses propres sites, dont un vaisseau amiral, TooX, une communauté de 500 000 joueurs en ligne - dont certains paient quelques euros par mois pour un service premium. Des dizaines de sites thématiques sont en préparation, du style Jelevemonchien.com ou Jevends-mavoiture.fr. Petit à petit, le rêve fou de JBDV se met en place : une fois chez lui, le client restera, naviguant de site en site, consommant ses services en passant par sa plate-forme de paiement, regardant les pubs placées par sa régie.

Gilles Fontaine