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L’anglais, langue officielle de ma boîte
Publié le 09-05-2006

MANAGEMENT Ces managers français pratiquent l'anglais au quotidien avec leurs équipes internationales. Un exercice pas toujours facile. Témoignages.
Eric Lemeilleur n'a pas eu le choix. Lui qui dirige à Barcelone une filiale de la société française de services informatiques Teamlog doit parler l'anglais au quotidien. Indispensable quand on doit gérer 120 personnes issues de 15 nationalités différentes dont une bonne partie n'est pas francophone. Le bon sens a voulu que l'anglais domine. « Pour l'encadrement, c'est la langue de communication formelle, précise le manager. Je dois l'utiliser dès qu'il y a une réunion et que je m'adresse à un groupe. »
« Pour progresser, je regarde les films en VO » Globalisation de l'économie oblige, nombreux sont aujourd'hui les cadres français qui pratiquent chaque jour la langue de Shakespeare, ce véritable « esperanto » du monde économique. Un exercice pas toujours facile. D'abord, tous ne sont pas forcément bien préparés à cet exercice linguistique, Jean-Baptiste Descroix-Vernier, le patron de Rentabiliweb, une entreprise de 80 personnes (micro-paiement sur Internet), parle couramment le thaï, traduit le latin...mais n'a jamais été un as en anglais.
Pour communiquer avec ses équipes, composées d'Européens mais aussi de Chinois ou de Russes, il a dû trouver rapidement des astuces pour combler son retard. « Au début, j'ai raflé toutes les méthodes en vente dans le commerce. Cela ne s'est pas trop mal passé, raconte cet ex-avocat d'affaires. Mon truc pour progresser : je regarde tous les films anglo-saxons en version originale. »
Conscient de ne pas pratiquer un anglais très « académique », Jean-Baptiste Descroix-Vernier s'est imposé une règle d'or, valable pour ses collaborateurs : ne pas hésiter à dire qu'on ne comprend pas plutôt que de rester dans le flou. Mais quel que soit son niveau, parler anglais reste une véritable contrainte pour ceux dont ce n'est pas la langue maternelle. Eric Lemeilleur (Teamlog), qui a pourtant travaillé pour des sociétés d'origine américaine, n'est pas parvenu à se débarrasser de son accent « frenchy ». « Quand on s'adresse à un groupe, c'est déjà un peu stressant mais le faire en anglais rend l'exercice encore plus délicat », confie-t-il. Les malentendus sont donc toujours possibles.
Visioconférences
Pour les éviter, il n'y a pas de recettes miracles. Au cours d'une réunion, Eric Lemeilleur préfère « limiter le nombre de messages à deux ou trois » pour être certain d'être bien compris aussi bien du responsable polonais que du chef de service espagnol. Il s'appuie aussi beaucoup sur des « slides » : un tableau de chiffres avec un commentaire rendra plus clair son exposé en anglais...et fera oublier son accent à la Maurice Chevalier.
Plus délicate encore est la communication à distance. Didier Benchimol, président du directoire de Cartesis (logiciels de gestion), peut en témoigner. Pour ce cadre, longtemps basé aux Etats-Unis où il notamment bénéficié de l'aide d'un coach, l'anglais n'est pourtant pas un souci. Ses proches collaborateurs, « dont la moitié ne sont pas français », maîtrisent aussi cette langue parfaitement, c'est l'un des critères clés de leur recrutement. Il n'empêche. Saisir l'accent d'un Australien ou d'un Indien n'est pas toujours évident pour ce dirigeant baigné de culture américaine.
La solution pour éviter les ratés ? « Lorsque des réunions à distance sont programmées avec des filiales à l'étranger, la visioconférence est systématiquement utilisée, affirme Didier Benchimol. Avec la gestuelle et l'image, on se comprend souvent mieux que par simple téléphone. »
Depuis qu'il est arrivé à la tête de Cartesis en 2004, l'anglais est devenu la « langue officielle » de la maison dont le personnel compte 23 nationalités différentes. L'objectif : mieux rivaliser avec les principaux concurrents sur les marchés internationaux. Mais on ne fait pas parler sa société en anglais du jour au lendemain. Pour le management, les commerciaux et les ingénieurs, le passage s'est déroulé sans encombres. En revanche, les employés des services administratifs, moins bien formés à la langue, ont parfois peiné. En 2005, Cartesis a aidé 57 personnes à s'améliorer dans ce domaine, via des cours collectifs ou individuels.
Chez Teamlog, les nouvelles recrues, qui ne sont pas forcément bilingues, bénéficient le plus souvent d'un module de formation d'une trentaine d'heures. Quant au personnel, il fait l'objet « tous les un ou deux ans » d'un entretien d'évaluation en anglais. Ceux qui montrent des lacunes sont dirigés vers des sessions de rattrapage, le plus souvent par groupes de niveau homogène. Les autres ont parfois la chance d'apprendre une autre langue.
Comme Eric Lemeilleur, qui tente actuellement d'améliorer son espagnol : une heure et demie de cours, trois fois par semaine. Il n'y a pas que l'anglais dans la vie du manager.
Un interprète dans les moments capitaux
Jean-Baptiste Descroix-Vernier, le dirigeant de Rentabiliweb, parle correctement l'anglais. Il n'empêche que pour des contrats très importants ou des négociations capitales mettant en jeu l'avenir de la société, il impose sa langue maternelle et utilise un interprète. « Cela m'arrive une ou deux fois dans l'année quand je ne veux pas prendre le moindre risque », affirme-t-il. Pourtant, nombre de managers hésitent encore à faire la démarche, faute de connaissances sur les prestations fournies par les interprètes de conférence, une profession peu connue.
Pour combler cette lacune, l'Association internationale des interprètes de conférence (AIIC) a ouvert un service d'informations, accessible par téléphone ou sur le Web. On peu y obtenir gratuitement des conseils sur l'organisation d'une réunion (équipe nécessaire, moyens requis, mode d'interprétation approprié...) Renseignement sur le site www.france.aiic.net
BRUNO ASKENAZI